Le chemin de l'escargot, selon Horkheimer

"L'escargot sans coquille franchit dans sa reptation le sentier de la forêt humide, son corps mince, luisant, noir, blessé à l'arrière et maculé de boue. Il est encore dans le premier quart du chemin, mais il ne le traverse pas à l'angle droit, mais de biais. Quand les fines antennes repèrent un danger, le corps se contracte. Le tout est vigilant, différencié, mais complètement inadapté à la menace réelle, la botte en promenade de l'homme, ce colosse. La disproportion est absurde, et vraisemblablement aussi toute la difficulté de cette traversée. Le sentier humain, non prévu dans l'organisation de l'escargot, l'a peut être trompé; pour lui, l'autre bord n'est pas une autre rive, ni un terme, ni un but, comme au contraire il apparaît à l'homme qui a fait le chemin et qui le comprend. L'escargot, tout entier à son effort, trace un sillon dans le désert de boue, il suit, sans protection, un espoir inconnu."

Max Horkheimer, Notes critiques. Sur le temps présent, tr.fr. par S. Corneille etPH. Ivernel, Payot, Paris, 1993, p.129.

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Charlotte Boulc'h / charlotte.boulch@gmail.com / © 2013  

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